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Du sport dans les gènes ?

Vous avez peut-être déjà entendu la phrase « Toi tu es né pour faire du sport » s’adressant à quelqu’un de particulièrement doué dans le domaine. Et si c’était vraiment le cas ? Nos gènes seraient-il capables d’influer sur notre performance sportive ?

Depuis 1980 et grâce aux nombreux progrès en biologie moléculaire, il est possible de séquencer l’ADN et ainsi, d’étudier le génome (ensemble des gènes d’un individu) pour rendre compte des différents gènes existants, leur localisation, leur fonctionnalité etc…

En ce qui concerne le sport, les scientifiques ont découvert que le profil génétique des sportifs a une influence sur la performance sportive. En effet, il existe des gènes dits « gènes de la performance » qui semblent prédisposer certaines personnes à devenir des sprinteurs ou bien des champions de la course à pied.

Pourquoi insérer la génomique dans le sport ?

Étudier le génome permettrait de superviser la carrière sportive des personnes qui le souhaitent. En effet, nous le verrons plus en détail par la suite, les gènes nous renseignent sur les capacités individuelles des sportifs, la performance de leur système cardiovasculaire et le risque de dommage musculaire. Ainsi, les entraînements sportifs pourraient être personnalisés car on connaîtrait les limites de tolérance du corps à certains exercices. Sachant le profil génétique de la personne, on pourrait prévenir certaines blessures et assurer la meilleure carrière possible aux sportifs et sportives de haut niveau.

Le gène de l’enzyme de conversion : premier “gène de la performance” découvert

En 1998, le premier “gène de la performance” est identifié : il s’agit du gène de l’enzyme de conversion (ACE). Par un processus complexe (que je ne détaillerai pas ici), nos gènes « produisent » des protéines associées. Par exemple, le gène de l’enzyme de conversion produira l’enzyme de conversion (protéine). L’ACE transforme l’angiotensine I en angiotensine II. Retenons simplement que l’angiotensine II a plusieurs actions cardio-vasculaires dont une augmentation de la pression artérielle. Ainsi, plus il y aura d’ACE pour la conversion, plus il y aura d’angiotensine II.

Le gène de l’enzyme de conversion subit un polymorphisme, c’est-à-dire qu’il peut prendre différentes formes. Ici, il pourra prendre deux formes (qu’on appelle allèles), il y aura l’allèle I et l’allèle D. Il faut savoir que chez les humains, comme chez toutes les espèces qui se reproduisent, les gènes existent en deux copies. Une copie héritée de la mère et l’autre du père. Ainsi, un individu pourra être ACE II (deux allèles I), ACE ID ou ACE DD.

Après cette longue explication, revenons au sujet principal. Comment certains gènes peuvent influencer nos performances sportives ? L’explication réside dans  la quantité d’enzymes de conversion ACE qui n’est pas la même en fonction des individus.

Je vous propose un tableau pour mieux visualiser le phénomène.

Individu ACE II Faible taux d’ACE Donc peu d’angiotensine II Système cardio-vasculaire performant (pression artérielle basse, etc…) Meilleure performance en endurance, qualités aérobies
Individu ACE ID Intermédiaire Intermédiaire Intermédiaire Intermédiaire
Individu ACE DD Fort taux d’ACE Donc beaucoup d’angiotensine II Système cardiovasculaire moins performant (pression artérielle élevée, etc…) Meilleure capacité pour les sprints et sports « explosifs »

Né pour se blesser ?

Être « prédisposé » à devenir sportif/sportive de haut niveau peut aussi vouloir dire être « prédisposé » à se blesser. N’importe qui peut risquer de se blesser en pratiquant n’importe quel sport bien évidemment mais le génome joue aussi un rôle. Des études ont montré qu’à charge de travail égale, c’est-à-dire le volume, l’intensité et la fréquence des entraînements, les réponses internes de l’organisme peuvent être différentes d’un individu à l’autre. L’âge et le sexe sont des facteurs qui peuvent influer, mais la génétique également.

Revenons au gène de l’enzyme de conversion ACE. Des chercheurs ont pu observer que les individus présentant un ou 2 allèles I (ACE ID et ACE II) étaient davantage susceptibles de se blesser que les individus n’ayant pas d’allèle I (ACE DD). On pourrait donc dire qu’avoir le génotype ACE DD apporte une sorte de protection contre les dommages musculaires (même si, évidemment, personne ne peut être protégé à 100%). Les ACE DD auront juste plus de chances d’échapper à la blessure.

De plus, d’autres gènes auraient une influence sur les dommages musculaires. Prenons l’exemple de la combinaison de certaines variations des gènes de COL5A1, IL1B et IL6 qui augmenterait le risque de blessure du ligament croisé antérieur chez l’homme.

L’ACE n’est pas le seul gène de la performance

D’autres gènes influant sur la performance ont été identifiés. On peut notamment citer le gène ACTN3 ou « gène du sprinter » qui produit l’alpha-actinin-3. Cette protéine est une des composantes principales des fibres musculaires dites « rapides ». Le sprint ou la boxe par exemple sont des pratiques qui nécessitent des contractions rapides des muscles. Comme pour l’ACE, il existe d’autres versions du gène, par exemple la variante R577X. Dans ce cas, il n’y aura pas de production d’alpha-actinin-3 donc une réduction des fibres musculaires rapides et une augmentation des fibres musculaires lentes. Idéal pour les sports d’endurance.

La génétique ne fait pas tout

Il faut garder à l’esprit que le gène de la performance ACE et les autres facteurs génétiques ne déterminent pas tout. Parmi les sportifs et sportives de haut niveau se trouvent des personnes « favorisées » par la génétique certes, mais certaines ne le sont pas ! On pourrait prendre l’exemple des coureurs kenyans qui ne sont pas favorisés avec leur génome. Ainsi, d’autres facteurs peuvent influer sur la performance sportive. En effet, ils possèdent un « meilleur rendement énergétique, en partie explicable par des membres plus longs et une meilleure résistance à la fatigue » (Marc Ferrière, 2020). Des facteurs environnementaux jouent aussi un rôle comme la vie en altitude par exemple qui a une incidence sur le système respiratoire.

La génomique dans le sport, bonne ou mauvaise chose ?

Il est primordial de rester vigilant sur ce qu’implique une approche génétique dans le sport. Premièrement, cela pose évidemment des questions éthiques et de vie privée. Certaines institutions sportives pourraient se servir des profils génétiques pour sélectionner leurs athlètes.

Saviez-vous qu’il est possible d’acheter un test génétique sur internet ? Possible, mais interdit en France ! Acheter un test génétique sur Internet est passible de 3 750€ d’amende. En effet, dans le pays, l’examen génétique est très encadré : « L’examen des caractéristiques génétiques constitutionnelles d’une personne ne peut être entrepris qu’à des fins médicales ou de recherche scientifique. » (article 16-10 du Code Civil). Cependant, certaines personnes achètent des tests sur internet, en France, malgré la législation et dans d’autres pays, de manière légale. Le problème étant que la personne reçoit un résultat sans interprétation médicale ni conseil et va donc faire ses propres conclusions qui n’auront bien sûr aucune pertinence médicale.

Ainsi on ne peut pas nier l’émergence de la génomique dans le domaine du sport et les bienfaits que cela pourrait engendrer, cependant restons conscients des potentielles conséquences moins réjouissantes.

Références

[1] Ferrière, M. (2020, décembre 23). Gène de l’enzyme de conversion. Club des Cardiologues du Sport. https://www.clubcardiosport.com/documentation/genetique/gene-enzyme-conversion

[2] Daussin, F. N. (2023, novembre 14). Sport et risque de blessure : La génétique joue aussi un rôle.http://theconversation.com/sport-et-risque-de-blessure-la-genetique-joue-aussi-un-role-214015

[3] Réflexions Sport #26. (2020, mai 12). INSEP. https://www.insep.fr/fr

[4] La génétique et les performances sportives | Biron. (s. d.). Consulté 19 mars 2024, à l’adresse https://www.biron.com/fr/centre-du-savoir/parole-de-specialiste/adn-sport/

[5] Article 16-10—Code civil—Légifrance. (s. d.). Consulté 27 mars 2024, à l’adresse https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000043895858

Lauryne Calascention
Lauryne Calascention

OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Lauryne Calascention (17 juillet 2024). Du sport dans les gènes ? Contrepoints. Consulté le 8 septembre 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/1213f


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