Petit plastique, Grosse angoisse
Une étude publiée en février 2025 sur la quantité de microplastiques qui se baladent dans notre cerveau (l’équivalent d’une cuillère en plastique) a donné des maux de têtes à beaucoup de monde. On va parler de l’angoisse d’être face à un nouveau poison dont notre production s’accélère très vite, et l’importance d’agir dès maintenant.
La maladie de lyme, transmise par des tiques discrètes, la rage, que pourraient porter en Amérique du Sud des chauves souris qui vous mordent quand vous dormez, les amibes mangeuses de cerveaux, qui se plaisent invisibles dans les lacs l’été, la silicose, infection incurable qui guette ceux qui respirent trop de poussière, les punaises de lits…
Tout ça m’a angoissé à des moments différents de ma vie. A chaque fois que je devais traverser de l’herbe un peu haute, j’étais apeuré à l’idée de sentir une tique sur mes genoux. Mais, comme tout ce dont je viens de parler plus haut peut être raisonnablement prévenu ou soigné, j’ai réussi à retrouver le sommeil… au bout d’un moment. Ce dont on va parler aujourd’hui en revanche, les microplastiques, va sûrement me garder debout pour quelques temps.
Récemment, le 3 février 2025, est parue dans le journal Nature Medicine une nouvelle étude de l’université du Nouveau Mexique sur la bioaccumulation des microplastiques dans le corps humain, fait sur des corps de personnes décédées dans l’état. L’étude a trouvé que comparativement aux données sur les corps de 2016, tous les corps, quel que soit leur origine, leur âge, leur sexe, leur profession etc… présentaient des concentrations de microplastiques plus élevées dans tous les organes. En particulier dans le cerveau, l’un des organes où les substances s’accumulent le plus facilement. Avec une quantité moyenne d’environ 7 grammes, soit le poids d’une cuillère en plastique standard.
Donc comme le monde a appris que tout le monde a de plus en plus de plastique dans (notamment) le cerveau, et que ce n’est pas parti pour s’arranger, beaucoup de journaux et de comptes sur les réseaux ont sorti des articles et des posts pour relayer l’information.
Comme j’expliquais en intro de ce billet. j’ai souvent eu des hyperfixations sur beaucoup de sujets de santé un peu angoissants. Mais, au final, en soufflant un petit peu on réalise que tout peut être contenu ou traité de façon relativement simple.
Les microplastiques, c’est autre chose…
C’est pas la taille qui compte
Rappelons de quoi on parle, les microplastiques sont des fragments de plastique, générés par la dégradation et l’usure des objets, fibre et débris de toutes les différentes formes de plastique qui existent : objet du quotidien, vêtements, parties de bâtiments et de véhicules, pneus, filet de pêche, électronique, emballage etc…
En dessous d’un débris de 5mm on parle de microplastiques, et en dessous du micromètre on parle de nanoplastique. Ces débris se retrouvent au bout d’un moment dans l’eau, et donc les océans, et comme ils sont assez légers ils se font emporter par les vents et distribuer partout sur la planète. On en trouve aujourd’hui du sommet de l’Everest au fond de la fosse des Mariannes. Et ils se bioaccumulent dans les organismes vivants, nous compris. La bioaccumulation est un phénomène qui fait qu’un produit toxique qui n’est pas entièrement éliminé par un organisme va se concentrer dans les organismes qui les consomment, et ainsi de suite le long de la chaîne alimentaire, hors nous sommes actuellement au sommet de celle-ci.
Pour entrer dans la partie médicale du problème et pas finir de vous rassurer, il n’y a actuellement aucun consensus sur le fait de si les tissus, en particulier le cerveau, sont capables d’excréter les microplastiques. Mais pour l’instant il n’y a aucune étude qui a démontré un impact négatif net chez les humains, probablement en partie à cause de la difficulté de faire des études cliniques vu que les microplastiques dans l’environnement proviennent de milliers de plastiques différents, de formules chimiques et sont remplis d’additifs différents .
Pourquoi en parler ici ?

Parce que si on tire le fil des implications, on réalise que c’est bien plus qu’un sujet de santé publique, c’est un sujet qui influence beaucoup de choses. Si l’on veut contenir l’augmentation des microplastiques dans l’environnement et donc dans nos corps, les efforts à faire vont devoir être mondiaux et d’une envergure gigantesque, dans la mesure où il est prédit que la production mondiale de plastique va exploser. Ce que cela veut dire, c’est devoir remettre en cause une grande partie de ce qui est devenu la normalité dans notre société de consommation : les denrées, produits et objets en plastique et emballés dans du plastiques, les vêtements synthétiques, les véhicules, la construction etc…
Ça veut dire devoir prendre plus de temps pour préparer sa nourriture ou ses produits ménagers. Ça veut aussi dire revoir la manufacture voir l’existence entière de certains objets, notamment l’électronique, dont on peut faire le lien avec le sujet des déchets électroniques et de leur recyclage. Donc des changements énormes dans l’organisation de nos journées et de nos modes de productions.
Enfin, la production de plastique est “la solution de repli” des entreprises pétrolière après la fin de l’utilisation du pétrole pour l’énergie, ce qui veut dire que c’est également un sujet hautement politique, et qu’il sera nécessaire de prendre des mesures contre les lobby pétrolier. On est donc sur un sujet charnière entre la santé, l’écologie, la politique, l’économie, et la société en général, et c’est bien parti pour devenir l’un des sujets écologiques les plus discutés dans les années à venir.
Bibliographie :
OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
heitzler (12 mai 2025). Petit plastique, Grosse angoisse. Contrepoints. Consulté le 16 août 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/13wla

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