De la nécessité d’être écoféministe ou “tout est lié”
L’écoféminisme, avez-vous déjà entendu parler de ce mouvement ? Il allie les luttes contre l’oppression faites aux femmes et pour la protection de la nature. Jeanne Burgart Goutal, nous introduit brièvement mais brillamment à ce courant dans son article “Le patriarcat contre la planète ? Débats écoféministes”, publié à La Découverte en 2023.

Illustration d’un slogan écoféministe.
Dans ce chapitre d’Écologies Le vivant et le social, l’auteure, philosophe et spécialiste de l’écoféminisme, portraitise de manière concise, claire et efficace ce courant. À l’issue de la lecture de son article, j’étais sûre de deux choses : premièrement, être écologiste et féministe est une nécessité
et deuxièmement, on ne peut être l’un sans être l’autre. Bon, j’avoue que je me considérais déjà comme écolo et féministe mais maintenant c’est plus clair dans ma tête et c’est pourquoi j’ai choisi de vous présenter cet article.
Les écoféministes rassemblent alors ces deux combats, mais elles sont encore plus inclusives, elles prônent l’intersectionnalité, c’est-à-dire le regroupement des luttes contre les systèmes de domination, qu’elles soient sociales, ethniques, anti-coloniales… Ce mouvement apparaît alors comme essentiel, et il est nécessaire de comprendre que tout est lié, que les luttes sont communes et que le lien fondamental, originel est la domination exercée par le capitalisme patriarcal et néo-colonial.
L’auteure pose très bien les bases de l’écoféminisme et montre qu’il est important de comprendre que oui, en effet, “tout est lié” et que les slogans brandis en manif ne sont ni hors sujet ni le produit de radicales en colère qui mélangent tout.
Mais alors, c’est quoi leurs arguments ? Et, c’est quoi le capitalisme patriarcal néo-colonial ?
Les écoféministes exposent plusieurs preuves du lien intrinsèque entre féminisme et écologie. Karen Warren, une des fondatrices de ce mouvement, en proposa trois principales, en 1996. Je trouve qu’ils permettent une introduction assez précise et simple pour comprendre le mouvement et je vais donc les reprendre ici comme l’a fait Jeanne Burgart Goutal.
“La pauvreté a un visage de femme”
Tout d’abord, un argument clairement économique : les femmes sont les plus pauvres et les personnes les plus pauvres sont les plus touchées par le dérèglement climatique. C’est un fait, de nombreuses études le montrent et Jeanne Burgart Goutal l’illustre par des études quantitatives : à l’échelle internationale, les femmes possèdent 2% des terres, 10% des revenues et, même en France, à travail égal, leur salaire est de 17% moins élevé. Or, si on a moins d’argent, on a moins les moyens de déménager, de se chauffer, de se soigner, etc., on sera donc nécessairement plus touché.es par les conséquences du réchauffement climatique.
Et être les plus touchées implique bien souvent d’être les plus investies dans la lutte, ce sont donc également les femmes qui, dans les actes, sont les plus mobilisées dans les combats écologiques.
Le travail domestique : fonction naturelle ou surexploitation ?
Eh oui, si les femmes sont plus menacées par la pauvreté, c’est dû au système dans lequel nous vivons et à son modèle de surexploitation. En effet, cette société capitaliste, basée sur le salariat et l’exploitation des travailleur.euse.s et des ressources, se base sur d’autres formes d’exploitation : premièrement celle du travail domestique, non rémunéré et en grande majorité produit par les femmes. Parce qu’il est dans la sphère privée, on ne le voit plus comme un problème systémique mais plus personnel, propre au couple et au foyer. Or, sans ce travail continu et gratuit des femmes le capitalisme n’aurait pu se mettre en place. Le travail principal étant de produire et d’élever des enfants, la future main d’œuvre, instrument clef du capitalisme, ce dernier est donc foncièrement patriarcal. On constate d’ailleurs que la période d’avènement du capitalisme coïncide avec celle de la régression des droits des femmes (impossibilité d’exercer certains métiers, de gagner de l’argent, de contrôler leur fécondité…). La surexploitation des colonies et de la nature sont également le socle de ce système et c’est pourquoi l’alliance des luttes est primordiale.
Retrouver la nature qui est en nous toustes
Au fil des siècles et dans presque tous les domaines, que ce soit sciences sociales, humaines ou naturelles, littérature, cinéma, musique… les femmes sont associées à la nature et inversement mais bien souvent péjorativement. Par exemple, l’attribution d’un caractère plus sensible et le renvoi à leur corps donnant la vie placent les femmes dans une naturalité. À l’inverse les hommes, en s’instruisant, s’émanciperaient de cet état primaire et entreraient dans le monde des Idées. De même, la nature est bien souvent associée, métaphoriquement à la femme, à la maternité, on parle de Terre Mère, de Dame Nature. Si toutes ces images ont eu pour conséquence d’exclure les femmes de la société, de la connaissance rationelle et donc de “la pleine humanité”, certaines féministes, sans approuver cette association, prônent une réinterprétation de cette analogie. En effet, nous devrions tous et toutes reconsidérer notre humanité, nous réinscrire dans le monde naturel et donc considérer notre naturalité serait un pas vers le respect de l’environnement. Il devient alors essentiel de renouer avec ce qui est considéré depuis des siècles comme notre part féminine à toustes, c’est-à-dire la sensibilité et la conscience de notre naturalité pour pallier à la crise climatique.
Ainsi, « Tout est lié », me semble être une expression très juste qui illustre très bien l’essence de ce mouvement. Pour lutter en faveur du respect de l’environnement, il faut mettre fin au système capitaliste dans sa totalité c’est-à-dire dans ses dimensions patriarcales et néo-coloniales.
Voilà pourquoi il est nécessaire d’être écoféministe.
Bibliographie :
OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Myrtille Henry (2 juin 2025). De la nécessité d’être écoféministe ou “tout est lié” Contrepoints. Consulté le 13 septembre 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/141ej

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