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Les sciences de l’éducation : une discipline en construction permanente

Salle de classe. Photo : Tima Miroshnichenko /Pexels

Les sciences de l’éducation occupent aujourd’hui une place stable à l’université. Pourtant, leur légitimité scientifique demeure discutée. Cette tension devient plus claire lorsqu’on observe leur histoire. La discipline s’est construite lentement, au cœur de réformes universitaires et de mutations sociales profondes, qui ont progressivement façonné son identité et nourri les débats actuels.

Une naissance liée aux mutations du XXᵉ siècle

Les sciences de l’éducation ne surgissent pas spontanément. Leur reconnaissance s’inscrit dans un contexte précis. Au XXᵉ siècle, l’université change profondément : les effectifs augmentent et les missions se diversifient.

La massification scolaire transforme le système éducatif. L’enseignement supérieur s’ouvre à de nouveaux publics. Dans ce cadre élargi, l’université doit à la fois former des professionnels et produire des connaissances capables d’éclairer les politiques publiques. L’éducation devient alors un objet central de réflexion scientifique.

En France, ce processus s’accélère surtout à partir des années 1960 avec les transformations de l’université qui suivent les mouvements de mai 1968 et l’adoption de la loi Faure de 1968, qui réorganise les universités et favorise l’apparition de nouveaux champs disciplinaires (Prost, 1997).

Les débats académiques se concentrent alors sur le statut des savoirs éducatifs. Faut-il les maintenir dans le domaine de la pratique pédagogique ? Les intégrer à la formation professionnelle des enseignants ? Ou leur reconnaître une autonomie scientifique ? Les sciences de l’éducation prennent progressivement forme au croisement de ces interrogations.

Une institutionnalisation progressive

L’article de Gaston Mialaret (2016) analyse ce processus dans l’espace francophone. L’approche adoptée est à la fois historique et institutionnelle. Elle vise à comprendre comment un champ académique se structure progressivement au sein de l’université.

Le développement n’est ni linéaire ni paisible. Il avance par ajustements successifs. Les politiques publiques influencent les orientations scientifiques. Les besoins professionnels jouent également un rôle important dans la structuration du champ.

Comme le montrent également les travaux de Hofstetter et Schneuwly (2014), la disciplinarisation des sciences de l’éducation résulte d’un processus de légitimation progressif au sein de l’université, dans lequel interviennent chercheurs, institutions et politiques éducatives. 

Un déplacement conceptuel décisif 

Cette évolution s’accompagne d’un changement de perspective important. Il concerne la distinction entre pédagogie et sciences de l’éducation.

La pédagogie prescrit des méthodes d’enseignement. Elle vise directement l’action éducative et propose des normes pour enseigner.

Les sciences de l’éducation adoptent une posture différente. Elles analysent les pratiques. Elles étudient les institutions. Elles cherchent à comprendre les phénomènes éducatifs dans leurs dimensions sociales, politiques et culturelles.

L’éducation cesse ainsi d’être seulement un ensemble de techniques d’enseignement. Elle devient un objet d’étude scientifique à part entière.

Ce déplacement élargit considérablement le champ de recherche. Il inclut les systèmes scolaires, les politiques éducatives, les acteurs institutionnels et les contextes sociaux dans lesquels se déploie l’action éducative. 

Pluralité et tensions internes 

Le champ des sciences de l’éducation repose sur des apports multiples. Psychologie, sociologie, philosophie, histoire ou économie contribuent à son développement.

Cette diversité constitue une richesse. Elle permet d’analyser l’éducation sous plusieurs angles.

Elle suscite toutefois certaines critiques. Certains chercheurs évoquent un manque d’unité théorique. D’autres parlent d’un éclatement disciplinaire. Pourtant, comme le souligne Beillerot (2000), cette pluralité correspond à la complexité même de l’objet étudié.

L’éducation mobilise en effet des dimensions sociales, culturelles et politiques étroitement liées. Aucun cadre théorique unique ne peut en rendre compte entièrement.

Les tensions internes ne signalent donc pas une fragilité du champ. Elles témoignent plutôt de la dynamique d’une discipline en construction.

Une actualité persistante en 2026 

Bien que publié en 2016, ce travail conserve une forte actualité en 2026. Les sciences de l’éducation continuent d’être discutées, notamment en ce qui concerne leur scientificité et leur utilité sociale.

Les réformes récentes de l’enseignement supérieur réactivent ces débats. Par exemple, la loi de programmation de la recherche (LPR) de 2020 a renforcé les dispositifs d’évaluation et de financement compétitif de la recherche, ce qui alimente les discussions sur la place des différentes disciplines dans l’université française.

Ces transformations questionnent la production des savoirs et les critères de légitimité scientifique dans les sciences sociales, comme le souligne également Bernard Lahire (2022) dans ses travaux sur les sciences sociales contemporaines.

Relu aujourd’hui, le texte montre que ces controverses accompagnent les sciences de l’éducation depuis leur origine. Elles participent à leur évolution et contribuent à définir leur identité académique. 

Conclusion

Les sciences de l’éducation apparaissent ainsi comme une discipline historiquement construite, façonnée par des transformations universitaires et sociales majeures.

Leur développement s’inscrit dans le débat. Leur légitimité se négocie dans le temps. Loin d’être figé, ce champ continue d’évoluer au rythme des changements institutionnels et des attentes de la société.

Comprendre cette histoire permet donc de mieux saisir les enjeux contemporains qui traversent aujourd’hui la recherche en éducation.

Références 

Beillerot, J. (2000). Les sciences de l’éducation : une discipline en débat. Paris : PUF.

Dubet, F. (2021). L’école peut-elle encore former les citoyens ? Paris : Seuil.

Hofstetter, R., & Schneuwly, B. (2014). Disciplinarisation et légitimation des savoirs en éducation. Bruxelles : De Boeck.

Lahire, B. (2022). Les sciences sociales à l’épreuve du réel. Paris : La Découverte.

Mialaret, G. (2016). Les origines et l’évolution des sciences de l’éducation en pays francophones.

Prost, A. (1997). Éducation, société et politiques : une histoire de l’enseignement en France. Paris : Seuil.

Ressources en ligne

Loi Faure (1968).
https://fr.wikipedia.org/wiki/Loi_Faure

Loi de programmation de la recherche (2021-2030).
Vie‑publique : présentation de la loi de programmation de la recherche

Réforme de l’université après 1968.
https://laviedesidees.fr/L-interminable-reforme-de-l-universite

guychardndoudindoudi
guychardndoudindoudi

OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
guychardndoudindoudi (13 avril 2026). Les sciences de l’éducation : une discipline en construction permanente. Contrepoints. Consulté le 9 septembre 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/161zy


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