Climat : le Nord pollue, le Sud paie

Source : Rafa Neddermeyer / COP30 Brasil
Tous les cinq à sept ans, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) publie ses avertissements et chaque année, la Conférence des Parties (COP) a lieu – sans parvenir à un accord suffisant. Derrière les données scientifiques, c’est le rapport de force entre les pays qui décide. La crise climatique n’est pas qu’un problème scientifique. C’est aussi un problème de pouvoir.
La science avertit, la politique hésite
Depuis des décennies, le GIEC répète le même message : comme les combustibles fossiles sont responsables de la hausse des émissions de gaz à effet de serre, il faut les réduire maintenant. Chaque année, la COP s’installe à la table des négociations, rapport en main. Mais sur cette table, ce n’est pas la science qui parle. Ce sont les intérêts. La réduction des combustibles fossiles est un enjeu environnemental, mais aussi économique et politique.
Les trois dernières années en sont la preuve. En 2023, la COP 28 a intégré pour la première fois la “transition hors des combustibles fossiles”, mais loin de ce que la science exige. L’année suivante, à la COP 29, le soutien financier promis aux pays en développement était insuffisant. L’année dernière, à la COP 30, les pays n’ont pas adopté les mesures proposées. La COP fonctionne à l’unanimité. Un seul pays contre, et il n’y a pas d’accord.
Qui paie la facture ?
Face à la crise climatique, le monde se divise en deux : d’un côté le Nord, qui a émis le carbone en premier. De l’autre le Sud, qui reçoit la facture. De la révolution industrielle jusqu’au XXe siècle, c’est l’Europe et les États-Unis qui ont pollué l’atmosphère. Mais aujourd’hui, tous les pays doivent réduire leurs émissions de la même façon. Pour les pays qui commencent à se développer, ou qui dépendent du pétrole, le message “réduisez vos émissions” veut dire : “nous avons eu le droit de nous développer, mais pas VOUS”. L’aide financière des pays riches ressemble à une tentative de cacher cette injustice avec de l’argent. Et cette aide est toujours insuffisante.
Le Brésil montre bien cette situation. L’Amazonie est le poumon de la planète. La communauté internationale demande au Brésil de la protéger. À la COP 30, le Brésil a présenté un plan pour protéger l’Amazonie. Mais en même temps, il coupe une partie de la forêt pour construire des routes. C’est une contradiction ? Non. C’est un choix : entre les demandes internationales et le développement du pays. Les pays riches ont déjà eu le droit de se développer. Le Brésil ne peut pas accepter leurs conseils sans rien dire.
Malgré tout, la COP continue
L’administration Trump a dit que la crise climatique est une théorie du complot et a quitté l’Accord de Paris. Un des pays qui polluent le plus au monde a quitté la table. Mais l’Europe, la Chine et le Brésil continuent de négocier. La science progresse, et le GIEC représente de plus en plus de pays différents. Mais tant que l’ordre mondial autour de l’énergie et du développement ne change pas, les pays vont continuer à tirer des conclusions différentes des mêmes données.
Le climat est unique, mais le monde ne l’est pas. Tant que les responsabilités historiques sont ignorées, la COP restera un lieu pour confirmer les alertes scientifiques, mais aussi une scène de rivalités entre pays inégaux.
Bibilographie
– CCNUCC. (s.d.). Conférence des Parties (COP). Consulté le 5 mars 2026, à l’adresse https://unfccc.int/fr/process/bodies/supreme-bodies/conference-of-the-parties-cop
– CCNUCC. (2023). L’accord de la COP28 marque le début de la fin de l’ère des combustibles fossiles. Consulté le 5 mars 2026, à l’adresse https://unfccc.int/fr/news/l-accord-de-la-cop28-marque-le-debut-de-la-fin-de-l-ere-des-combustibles-fossiles
– Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC). (s. d.). COP 30. Récupéré le 5 mars 2026, de https://unfccc.int/fr/cop30
– DUARTE, Tiago Ribeiro, et MIGUEL, Jean Carlos Hochsprung, « The geopolitics of expertise at the science-policy interface », Environmental Science & Policy, vol. 150, 2023, 103575. https://doi.org/10.1016/j.envsci.2023.103575
– Netto, M. & Feitosa, C. (2025). « COP30 : comment le Brésil peut ouvrir la voie à la prochaine décennie d’action climatique ». CEBRI-Journal, Année 4, n° 15 (juil.-sept.) : 16-29. https://doi.org/10.54827/issn2764-7897.cebri2025.15.01.01.16-29.en
– IPCC. (2025). Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC). Consulté le 5 mars 2026, à l’adresse https://www.ipcc.ch/languages-2/francais/
OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
jaeheekim (9 avril 2026). Climat : le Nord pollue, le Sud paie. Contrepoints. Consulté le 9 septembre 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/161dx

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