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Poussière et tableaux Excel: mon stage aux archives

L’odeur de la poussière et des vieux manuscrits, les magasins froids et inhérents, mon petit pull de laine malgré la chaleur extérieure… Histoire d’un stage de découvertes aux archives départementales du Bas-Rhin. 

Salle de lecture, salle de tri, magasins. Ces lieux ne me disaient rien il y a encore quelques semaines, puis ils sont devenu mon quotidien pour quelques jours. J’ai découvert, lors d’un stage, le métier d’archiviste (et bien d’autres), et voici l’expérience que j’en ai faite.

“Magasin 0C” Photo prise le 2 mai 2022 à Strasbourg, prise par Nolwenn Quiquemelle

 

Découverte on ne peut plus totale

Je n’avais jamais eu l’occasion d’échanger avec un archiviste avant ces deux semaines de stages. Je ne savais pas vraiment en quoi consistait ce métier, quelles étaient ses missions ou bien quels étaient les enjeux relatifs aux archives. Quand j’ai mis les pieds aux archives pour la première fois, c’est à dire pour le premier jour de mon stage, j’y allais donc sans a priori. Je me laissais porter par mon instinct, qui me soufflait que cette expérience allait me plaire. Dès le début, mon maître de stage a tenu à me présenter les multiples aspects portés par les archives départementales à travers les personnes qui les incarnent. C’est à travers elles, et les entretiens qu’elles m’ont accordé, que j’ai pu me faire une idée très précise du fonctionnement de cette institution. Au fil des discussions, j’ai mis en évidence les “4C“, les quatre missions qu’incarnent les archives départementales: Collecter, Conserver, Classer, Communiquer. Toutes intimement liées les unes aux autres, elles impliquent un travail en équipe de leurs responsables. Pour chaque mission, les enjeux sont bien différents mais les personnes que j’ai rencontrées avaient toutes une chose en commun: une passion pour les archives.

 

Face aux archives

Mais quelle est cette passion pour les archives ? D’où vient-elle? Peut-être nait elle de l’émotion que procurent les archives ? Mon collègue Lucas explore cette idée dans son billet, “Les Archives : Source d’émotion et de recherche”, que je vous invite à aller lire pour comprendre qu’est ce que sentiment si particulier. Je l’ai moi-même ressenti, pas lorsque j’ai parcouru les magasins mais lorsque j’ai été face aux documents.
Tout au long de mon stage, j’ai été au plus près des vieux manuscrits, tous poussiéreux. Je savais que cette expérience n’allait pas être “du tourisme”, comme le disait mon maître de stage, et je n’ai pas été déçue. Ainsi, j’ai eu l’occasion de me faire ma propre expérience des trois premiers C: Collecter, Conserver, Classer (d’où les nombreux tableaux Excel que j’ai pu réaliser en deux semaines). Mes missions ont porté sur les archives des asiles psychiatriques de Stephansfeld (aujourd’hui EPSAN de Brumath), Hoerdt (aujourd’hui fermé), et le centre hospitalier de Bischwiller. Des dossiers administratifs de patients, aux registres d’entrées, de sorties et de lois, et autres documents en tout genre, je les ai parfois collectés, puis tous feuilletés afin de les organiser, les uns par rapports aux autres mais aussi en fonction de leurs dates et de leurs provenances. Mon manque d’expérience et de connaissances sur les archives m’ont valu de m’y prendre à plusieurs reprises, de longuement me questionner sur ce que j’avais entre les mains, d’apprendre “sur le tas” ce que sont réellement les archives. J’ai évidemment conscience d’avoir eu un rapport privilégié avec ces documents, à travers lesquels j’ai découvert le métier d’archiviste.

 

“Poussière et tableau Excel” Photo prise le 4 mai 2022, par Nolwenn Quiquemelle

 

L’archiviste, cet enquêteur du passé

En me mettant dans la peau d’une archiviste, mais aussi en échangeant avec toutes les personnes ayant un rapport, de près ou de loin avec les archives, j’ai compris le cœur de ce métier qui m’était auparavant inconnu. J’ai pu saisir son importance pour chacun d’entre nous, pour la société, pour la recherche. J’ai eu un aperçu des difficultés quotidiennes auxquelles ils font face, notamment le manque de temps (ou/et de moyens?). Mais j’ai aussi vu les aspects les plus intéressants – et peut être insoupçonnés – du métier d’archiviste.
L’un de ces aspects, qui me plaît particulièrement, réside dans le travail de croisement des informations présentes dans les archives, dans mon cas: les différents registres et les dossiers de patients. Telle une enquêtrice, je partais à la recherche de noms, de dates, de lieux, de n’importe quel indice qui apporterait du sens à ce que j’avais entre les mains. Lorsque les données croisées correspondaient, j’étais remplie d’une satisfaction tout à fait unique: j’avais reconstitué le parcours d’un patient, trouvé une continuité dans les dates ou les numéros de matricules des patient. Si ce n’était pas le cas, alors je continuais mon enquête, motivée à l’idée de résoudre le mystère que détenait le manuscrit poussiéreux devant moi.
Par ce travail, l’archiviste met en lumière des petits bouts de vies, qu’il capture pour quelques heures le temps de mettre de l’ordre dans les documents puis réenfouit dans les kilomètres d’archives. Ces témoignages conservés, ces traces laissées dans le temps permettent de comprendre tant de choses: de l’histoire de l’institution dans laquelle ils sont conservés, aux fonctionnements plus globaux – politique, social et économique – de l’époque : c’est à la personne qui les déniche de mettre toutes les pièces bout à bout pour obtenir des archives cohérentes, exploitables par les chercheurs mais aussi par n’importe quel visiteur des archives.

 

En somme, vous l’aurez compris: j’ai beaucoup apprécié mon stage. Les archives en elles même, ou le travail que j’ai pu réaliser sur cette courte période m’ont agréablement surprise, au point d’ajouter le métier d’archiviste à la liste de métier qui pourrait me convenir.

Nolwenn Quiquemelle
Nolwenn Quiquemelle

OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Nolwenn Quiquemelle (1 septembre 2022). Poussière et tableaux Excel: mon stage aux archives. Contrepoints. Consulté le 16 août 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/raf6


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